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Otis Redding

Otis Redding

Modifié le 29/09/2020 à 14:21
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« This is the love crowd, right? We all love each other, don’t we? Am I right? Let me hear you say yeah, then! » Ainsi s’adresse Otis Redding au public du festival de Monterey, alors que le groupe qui l’accompagne sur scène Booker T and the MGs vient littéralement de mettre le feu sur scène avec une version sautillante et endiablée du fameux Respect que lui a « volé » Aretha Franklin quelques mois plus tôt (https://youtu.be/7BDw-H_hUzw). Il s’offre une pause romantique avant de mettre la foule d’accord avec une cover de Satisfaction (I can’t get no) (https://youtu.be/NPgRxrMF93A). C’est la première fois qu’il joue dans son pays devant un auditoire composé majoritairement de Blancs. Son « rendition » est époustouflant Steve Cropper et Donald Duck Dunn tout simplement déchaînés. Otis a réussi son coup, et entrevoit le futur sous de meilleurs auspices.

Depuis quelque temps déjà, il veut s’ouvrir davantage sans renier ses racines Soul. Le monde de la Pop et du Rock l’attire : le crossover lui semble la meilleure option pour fédérer. N’oublions pas que sa première idole fut un certain Little Richard. Pour ce faire, il va s’offrir l’album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, qu’il va écouter jusqu’à l’usure le long de ses tournées, dont celle en Europe. Et à la fin, il va s’adresser à Steve Cropper avoir trouvé la chanson qui allait les rendre célèbres. Les bribes qu’il a mises sur papier le long de ses concerts prend corps. Ça sera The Dock of the Bay. Enregistré le 22 novembre 1967 avec son ami Cropper qui est crédité comme coauteur.

La chanson les rendra effectivement célèbres. Mais pour Otis à titre posthume. À peine avait-t-il posé sa voix le 22 novembre, il est revenu au studio le 08 décembre pour des ajustements techniques, en attente de terminer le dernier couplet. Cela ne se fera pas. Cropper inserant le fameux sifflotement pour y pallier. Selon ce dernier, Otis est ressorti du studio « un hamburger et une orange à la main ». Il était en tournée et devait prendre un avion le lendemain pour Madison. L’avion, un Beechcraft 18 (Bitch ?) qui lui appartenait a crashé, emportant avec lui certains de ses musiciens du groupe The Mar-Keys. (https://madison.com/…/collection_55f50468-1b64-11ea-95e6-9b…#).

Ainsi s’achevait dans la tragédie une histoire commencée en 1962 par l’enregistrement de son premier single : These Arms of Mine. Chauffeur-Manager de Johnny Jenkins & The Pinetoppers à cette époque, il accompagne ces derniers pour des enregistrements qui s’achèveront plus tôt que prévu. Steve Cropper fera enregistrer These Arms of Line, ce titre qui porte l’empreinte de Redding : « ballades plaintives à la mélodie tortueuse dont il se fera une spécialité ». La suite sera une succession de chansons toutes autant poignantes les unes que les autres et qui feront le bonheur de certains musiciens européens dont les Rolling Stones qui reprendront Pain in my Heart et That’s how Strong my Love is…

Il n’a certes pas créé la Soul, cette musique de l’âme, mais fait partie des précurseurs avec celui qui demeurera son idole absolue : Sam Cooke. En seulement 26 ans d’existence (on se demande combien de vies il a dû avoir pour réaliser tout ce qu’il a entrepris) il a transformé le visage de la musique noire. Son ambition de l’amener plus haut a été contrarié par son décès brusque.

Cette tragédie rappelle celle de Buddy Holly and co… De jeunes et talentueuses personnes fauchées par la camarde au plein cœur de leur vie. La musique n’est pas toujours gaie. Otis Redding était né le 9 septembre 1941 à Dawson (GA), bien qu’ayant grandi à Macon. Mort à 26 ans, il aurait fêté ce jour ses 79 ans. Il a été admis au Rock and Roll Hall of Fame en 1989, introduit par Little Richard.

Gérard Bertrand