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FLEETWOOD MAC

FLEETWOOD MAC

Modifié le 24/01/2022 à 16:48
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Tout débute au milieu des années 60. Peter Green et Mick Fleetwood jouent dans The Looners puis Shotgun Express (avec un certain Rod Stewart). En juillet 66, Peter remplace au pied levé Eric Clapton au sein des fameux Bluesbreakers de John Mayall. Son compère Mick le rejoint au mois d’avril suivant, le groupe se composant alors de Mayall, Green, Fleetwood et du bassiste John McVie. L’entente entre McVie, Green et Fleetwood est parfaite, mais Mayall, dont le caractère est ce qu’il est (comprendre au mieux taciturne, au pire insupportable !), vire illico les deux derniers arrivants après à peine quatre semaines de collaboration.

 

Qu’à cela ne tienne, deux petits mois suffisent à nos deux larrons pour retomber sur leurs pattes via la première mouture du Fleetwood Mac sous forme de quatuor : Green, Fleetwood, le dénommé Bob Brunning à la basse et Jeremy Spencer (ancien membre de The Levi Set Blues Band) en second guitariste. Avant la fin de l’été arrivent de nouveaux rebondissements, puisque pour leur toute première prestation live au Windsor Jazz & Blues Festival (12 août), McVie, viré à son tour des Bluesbreakers, prend la place de Brunning, parti fonder son Sunflower Brunning Blues Band. Va falloir suivre, et ce n'est pas fini !

 

Le groupe est rapidement signé par le label Blue Horizon de Mike Vernon et tandis qu’on les retrouve en backing band sur divers albums de l’écurie (Duster Bennett, Otis Spam, etc.), un premier single est enregistré (« I Believe My Time Ain’t Long), sorti en novembre 1967) sous le patronyme du Peter Green’s Fleetwood Mac with Jeremy Spencer. Le groupe multiplie les enregistrements, accumulant en plus des commandes de studio beaucoup de matériel pour ce qui allait être leur premier album éponyme (mars 68).

 

Le ton est donné : un blues proche de l’esprit du « Chicago sound », avec une petite touche de country rock (en particulier dû à l’apport du jeune Jeremy Spencer à la slide) et juste ce qu’il faut de psychédélisme pour consolider l’ensemble. En ligne de mire, le jeu incroyable de Peter Green, unique en son genre, mélange d’excentricité et de classicisme, de retenue et de dévergondage sonore, un Peter Green dont l’empreinte indélébile est toujours restée aussi forte, d’autant plus que quelques autres dieux de la six cordes (Santana, Jimmy Page, Gary Moore, Joe Perry, Jeff Beck, Eric Clapton…) se chargent régulièrement et respectueusement de rappeler au grand public l’importance de l’homme…

 

L’album est moyennement acclamé aux States, mais grimpe jusqu’à la quatrième place des charts anglais. Un nouveau single sort, « Black Magic Woman », repris plus tard avec succès par Santana, et le groupe s’enforme à nouveau en studio, d’où il ressort avec un second album (Mr. Wonderful, paru en septembre 68) et deux nouveaux membres : Christine Perfect qui pianote joyeusement tout en continuant à jouer dans son propre groupe Chicken Shack, et un troisième guitariste en la personne de Danny Kirwan (18 ans à peine, ex-Boilerhouse). Une première tournée américaine est organisée dans la foulée, avec, entre autres, une apparition fulgurante au Miami Pop Festival, en compagnie notamment de Steppenwolf et du Grateful Dead.

 

L’année 1969 démarre aussi fort avec la sortie du 45 tours « Albatross », un instrumental hallucinant et halluciné qui culmine tout en haut des charts UK et établit fermement la renommée du groupe sur tout le vieux continent. C’est le début d’une période de productivité intensive. Pas moins de quatre albums paraissent durant l’année 1969 : English Rose (US), Pious Bird of Good Omen (UK) qui réunit du vieux matériel de l’époque Blue Horizon, Then Play On qui marque leurs débuts chez Reprise records et Blues Jam At The Chess, une sélection de standards de blues disponible en deux volumes aux States et en un seul en Europe. Sur ces disques, comme sur les précédents et les suivants de la « première » période de Fleetwood Mac, on comprend mieux pourquoi Peter Green avait choisi les noms de sa section rythmique comme patronyme du groupe. McVie est incontestablement le meilleur bassiste blues rock de l’époque et Fleetwood ne passe jamais son tour lorsqu’il s’agit de jouer les tambourineurs frappadingues. Quant à Green lui-même, toujours aussi incisif, il se fait surtout remarquer à l’époque pour ses tenues de scène. En effet, ayant renoncé à la foi juive pour le christianisme (cf le morceau « Oh Well », sorti fin 69), il apparaît invariablement dans une grande robe blanche censée souligner sa nouvelle image messianique.

 

Spencer sort un premier album solo très réussi avec un Fleetwood Mac paraissant bien soudé en guise de backing band, mais rien ne va plus entre Peter Green et le reste du groupe. Il les quitte en pleine tournée européenne, à la fin d’un concert à Munich et sort en fin d’année son premier projet personnel, The End Of The Game, tandis que Chrisine Perfect/McVie, élue meilleure chanteuse de l’année par le Melody Maker, rejoint définitivement le groupe. En l’absence de Green, Spencer est devenu principal compositeur, mais le premier album sous cette nouvelle configuration (Kiln House) n’est pas une réussite.

 

La tournée US qui suit prend une tournure surprenante avec le départ impromptu de Spencer. Parti acheter des journeaux, il ne réapparaîtra pas avant… deux ans (!), en tant que membre de la secte des Enfants de Dieu (!!) pour qui il enregistrera d’ailleurs l’album Jeremy Spencer And The Children Of God (!!!). Peter Green accepte de reprendre momentanément sa place afin que la tournée ne se finisse pas en fiasco complet, puis il reprend son propre chemin.

 

À la fin de ladite tournée, ayant perdu ses deux principaux compositeurs, Fleetwood Mac est au plus mal, mais ne se laisse pas aller pour autant. Un nouveau guitariste est rapidement déniché en la personne de Bob Welch, un américain ayant joué notamment avec James Brown et Aretha Franklin. Fleetwood Mac in Chicago, concert enregistré en 69, sort sur le territoire américain, suivi d'une nouvelle compilation, Black Magic Woman, de Future Games et d’un Greatest Hits réservé au territoire anglo-sason.

 

En 1972 sort Bare Trees. Danny Kirwan refuse de participer à la nouvelle tournée, il sera le premier membre du groupe a être viré (il enregistrera plusieurs disques avec DJM avant de finir en asile psychiatrique —il décèdera bien plus tard, en juin 2018). Son remplaçant se nomme Bob Weston (collaborateur de longue date de Long John Baldry), il rejoint Fleetwood Mac en même temps que le chanteur Dave Walker (ex-Savoy Brown) qui ne restera que le temps de l’enregistrement de Penguin. Sorti l’année suivante —avec une participation éclair de Green— l’album marque le début d’un renversement de situation : le public américain est de plus en plus nombreux à suivre la troupe, alors que les Anglais les boudent progressivement. Cela ne fait qu’empirer avec l’album Mystery To Me et le groupe décide de s’établir en Californie au début de l’année 74.

 

Entre-temps, il leur arrive quand même pas mal de choses (n’allez pas croire que tout s’éclaircit déjà !) : Weston est viré pour de sombres histoires de galipettes à caractère sexuel avec la femme de Fleetwood, le groupe décide de mettre un terme à la tournée en cours et le manager de l’époque (Clifford Davis) monte un faux Fleetwood Mac band (ils se feront ensuite appeler Stretch pendant un temps) pour se charger des dates restantes, entraînant la bataille juridique que vous imaginez.

 

Une fois toutes ces histoires légales terminées, le groupe sort le moyen Heroes Are Hard To Find, dont la commercialisation coïncide avec le départ de Bob Welch. En visite au Sound City Studios de Van Nuys, en Californie, pour un éventuel enregistrement à venir, Fleetwood entend un morceau du duo Buckingham & Nicks (anciens co-leaders de Fritz). La rencontre avec Lindsey Buckingham, présent dans les locaux, se fait immédiatement et après avoir également discuté le bout de gras avec Stevie Nicks, le duo intègre Fleetwood Mac pour son dixième line-up différent (!!).

 

En 1975, sortie aux States d’enregistrements datant de 1967-69, Vintage Years, mais surtout nouveau départ pour le groupe avec la sortie d’un premier album avec la nouvelle formation, sobrement et symboliquement intitulé Fleetwood Mac, avec des compositions de Christine McVie et du duo Buckingham/Nicks. Le fossé est immédiatement creusé avec la période blues, la grosse production est désormais de rigueur, les couches de claviers se font plus importantes, l’ensemble est plus carré, davantage pro —non, ça n'est pas nécessairement un compliment. L’album fait rapidement son chemin et est finalement confirmé disque de platine, quinze mois après sa sortie.

 

Début 77, Peter Green n’a plus toute sa tête (il refuse des gros chèques de royalties et il semble surtout avoir été troublé par son récent emploi de… fossoyeur !) et est interné en hôpital psychiatrique, tandis que les problèmes personnels des membres du groupe s’accumulent (les Fleetwood ont entamé leur procédure de divorce, les MacVie se sont séparés et les relations entre Buckingham et Nicks ne sont pas au beau fixe). Heureusement, les résultats commerciaux sont tout autres, puisque le nouvel album Rumours est le plus gros succès du groupe à ce jour : plus de 40 millions d’exemplaires vendus, 130 semaines de présence dans les charts US et 478 semaines (un record !) dans les charts UK (au mieux numéro 1 dans les deux cas) et « album de l’année » pour les 20 ans des Grammy Awards.

 

Une tournée estivale est bouclée en 78, puisque le groupe se lance dans la super production Tusk au budget record de plus d’un million de dollars. Un double album remarquable, d’autant plus que Buckingham, principal compositeur cette fois-ci, s’est battu contre vents et marées commerciales pour ne pas tomber dans la facilité d’un Rumours bis repetita. Le succès on ne peut plus conséquent de Tusk est tout à son honneur. De son côté, Peter Green retrouve ses esprits et le chemin des studios où il enregistre successivement In The Skies et Little Dreamer.

 

L’année suivante (1980) paraît le fameux Fleetwood Mac Live, bourré à craquer de classiques, toutes périodes confondues. Chacun s’autorise alors sa parenthèse en solitaire : Mick Fleetwood enregistre The Visitor au Ghana, Stevie Nicks s’entiche d’un très intéressant (quoiqu’un peu trop FM) Bella Donna et Lindsey Buckinghman nous joue la démonstration tranquile avec son Law And Order.

 

Après trois longues années de désertion de studio, Fleetwood Mac sort Mirage, un album inégal, symptomatique du désir de chacun de s’occuper plutôt de sa carrière perso. S’ensuit une longue période de doute où chacun végète plus ou moins de son côté.

Ce n’est que fin 1986 que se réunissent à nouveau Buckingham et les deux McVie, à la demande de Christine qui a besoin d’aide pour l’enregistrement de la musique du nouveau film de Blake Edwards dont elle a la charge. Tout le monde se retrouve ensuite dans le petit studio de Buckingham à Bel Air pour l’enregistrement de Tango In The Night qui sort en avril 1987 et rejoint rapidement Rumours pour ce qui est de devenir multi-platines dans de nombreux pays, avec les millions d'exemplaires écoulés qui vont bien avec. Seul hic : le père Buckingham est viré pour son refus de partir en tournée promo avec le reste de la troupe.

 

Le groupe répète en secret avec Billy Burnette (fils de Johnny Burnette, star rockabilly devant l’éternel et auteur d’un intéressant album sous son nom) et le dénommé Rick Vito, mais finalement Buckingham changera d’avis et embarquera avec ses acolytes pour une tournée américaine triomphale, avant de reprendre le chemin de sa florissante carrière. Burnette et Vito ne rejoignent donc le groupe qu’au mois d’août 1988 pour les parties européenne et australienne de la tournée Shake The Cage.

 

Par la suite, la discographie du groupe ressemble surtout à un empilage sans fin de compilations, BBC Sessions et autres albums live (dont beaucoup concernent la période blues de Green, forcément plus saisissante sur scène —citons tout de même l'exceptionnel Shrine '69, qui sort en 1999), avec seulement trois nouveaux albums studio en seulement autant de décennies, tous plus moyens les uns que les autres, à savoir Behind The Mask (1990), Time (1995) et Say You Will (2003).

 

Côté Line-Up, après une longue période sans changement majeur, si ce n'est le départ puis retour de Christine McVie une quinzaine d'années plus tard (!), la grosse actualité de 2018 c'est l'arrivée (doublement surprenante) dans ses rangs de Neil Finn (Crowded House) et Mike Campbell des Heartbreakers de Tom Petty, pour palier au départ de Buckingham. Pour ce qui est de pouvoir entendre de nouvelles chansons, c'est un peu l'arlésienne, Fleetwood ayant déjà promis des brouettes de nouvelles compositions en 2015-2016…

 

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